Côte de Mahé, île où se trouve Victoria et son temple hindou
Tradition

Thai Poosam Kavadi : la procession tamoule de Victoria

Un matin de janvier, les rues de Victoria se remplissent de tambours, de pots de lait et d'arceaux fleuris. Le Thai Poosam Kavadi est la grande fête de la communauté tamoule des Seychelles, célébrée dans le seul temple hindou de l'archipel. C'est aussi le seul événement d'envergure du calendrier seychellois en plein cœur de l'été austral.

25 janvier 2027 ·Victoria, Mahé ·Tradition

Victoria est la plus petite capitale d’Afrique et on en fait le tour en une heure. Un matin par an, entre la mi-janvier et la mi-février, il faut pourtant compter beaucoup plus longtemps pour la traverser : les tambours occupent Quincy Street, des hommes portent sur les épaules des arceaux de bois fleuris, et des centaines de personnes remontent lentement vers un temple dont la tour sculptée dépasse des toits de tôle. C’est le Thai Poosam Kavadi, et c’est le rendez-vous le plus inattendu du calendrier seychellois.

Le seul temple hindou de l’archipel

Le temple Arul Mihu Navasakthi Vinayagar a été construit en 1992 en plein centre de Victoria, à quelques pas du marché et de la tour de l’horloge. Sa façade, un gopuram couvert de divinités peintes de couleurs vives, détonne joliment au milieu de l’architecture coloniale de la ville. C’est le seul temple hindou des Seychelles, et il sert de point d’ancrage à une communauté tamoule installée là depuis plusieurs générations, largement issue du commerce.

Le festival y est célébré chaque année depuis 1993. Il honore Murugan, divinité guerrière des collines dans la tradition tamoule, et se tient le jour de pleine lune du mois de Thai, sous l’étoile Poosam, d’où son nom.

Ce qu’est un kavadi, concrètement

Le kavadi est une structure portée sur les épaules, souvent un arceau de bois décoré de fleurs et de plumes de paon, auquel sont accrochés de petits pots de lait. Les porteurs cheminent en procession, parfois pieds nus, et le lait est ensuite versé sur la statue de Murugan en offrande. Le geste est un vœu accompli ou une demande de protection, préparé par plusieurs jours de jeûne.

Aux Seychelles, la procession est publique et pacifique, très loin des images spectaculaires de mortifications que l’on associe parfois au Thaipusam ailleurs dans le monde. Personne ne vous demandera quoi que ce soit, et les visiteurs sont regardés avec bienveillance pourvu qu’ils restent discrets et qu’ils demandent avant de photographier de près.

Le parcours et l’horaire

La procession part tôt et se termine avant la chaleur du milieu de journée. Lors de l’édition du 25 janvier 2024, le cortège s’est mis en marche à 8h45 pour s’achever vers midi, en empruntant Quincy Street, Revolution Avenue, Harrison Street puis Lodge Street, avant de rejoindre le temple. C’est un circuit court, en plein centre, ce qui rend l’événement très facile à suivre à pied même sans rien connaître au sujet.

Prévoyez d’arriver vers 8h30 et de vous placer plutôt vers la fin du parcours, à l’approche du temple, où l’ambiance est la plus dense.

Une date qui bouge, et c’est normal

Le calendrier tamoul est lunaire, donc la date change tous les ans et tombe quelque part entre le 14 janvier et le 14 février. Elle n’est en général annoncée que quelques semaines à l’avance, par le temple lui-même. Notre repère du 25 janvier reprend la dernière édition dont nous avons le détail complet, il ne s’agit pas d’une date officielle.

Bonne nouvelle pour l’organisation du voyage : cette période correspond à la mousson du nord-ouest, chaude et humide, la moins courue de l’année. Les tarifs d’hébergement sont au plus bas et l’archipel respire, comme l’explique notre guide quand partir aux Seychelles. Si vous cherchiez une raison de venir en janvier, en voici une.

Infos pratiques

  • Quand : un matin entre le 14 janvier et le 14 février, procession de 8h45 à midi environ.
  • : centre de Victoria, jusqu’au temple Arul Mihu Navasakthi Vinayagar.
  • Combien : gratuit et ouvert à tous.
  • À savoir : tenue correcte pour entrer dans le temple, chaussures retirées, et l’on demande avant de photographier.

Pourquoi ce festival a-t-il sa place sur un site qui s’appelle Coco Fesses ? Parce que le coco de mer, ce fruit en forme de fessier devenu l’emblème de l’archipel, raconte exactement la même chose que ce cortège : les Seychelles ne sont pas une carte postale monolithique. C’est un pays construit par strates successives, africaine, européenne, chinoise et indienne, où une procession tamoule croise un marché créole à deux rues d’une cathédrale anglicane. Le coco de mer n’a pas d’équivalent ailleurs, et cette capitale non plus.