Il y a deux La Digue. Celle des brochures, avec ses vélos, ses chars à bœufs et le granit rose d’Anse Source d’Argent, une île où il ne se passe volontairement rien. Et celle du 15 août, où trois mille personnes débarquent en une matinée sur un caillou de dix kilomètres carrés pour la Lafet La Digue. Si vous ne deviez assister qu’à une seule fête religieuse aux Seychelles, ce serait celle-là.
Une fête de l’Assomption qui déborde largement de l’église
Le 15 août est jour férié aux Seychelles, héritage catholique oblige, mais nulle part il n’est célébré avec l’intensité qu’on lui connaît à La Digue. L’île en a fait son rendez-vous identitaire, au point que le reste du pays s’y déplace : familles de Mahé et de Praslin, diaspora rentrée pour l’occasion, et un nombre croissant de voyageurs qui tombent dessus par hasard et ne s’en remettent pas.
La particularité de la Lafet La Digue tient à ce mélange qu’on ne trouve pas ailleurs. Le matin appartient à la liturgie, l’après-midi au carnaval, et la nuit au séga. Personne ne semble y voir de contradiction, et c’est précisément ce qui rend l’événement si seychellois.
Le programme, du vendredi soir au dimanche
La veille, la procession en mer. Les festivités s’ouvrent le 14 août en fin d’après-midi, vers 16 heures, par une flottille de bateaux de pêche décorés qui sortent de La Passe. L’effigie de la Vierge est promenée sur l’eau, puis la croix dressée sur les rochers de granit qui gardent l’entrée du port est bénie. Le cortège regagne ensuite la terre ferme et remonte jusqu’à l’église Sainte-Marie. C’est le moment le plus photogénique des trois jours, et curieusement le moins fréquenté par les touristes, qui arrivent en général le lendemain.
Le 15 août, la messe à La Grotte. Le cœur de la fête est une messe en plein air célébrée à La Grotte par l’évêque des Seychelles. Suit une procession qui emprunte les chemins de l’île jusqu’à l’église Sainte-Marie, à pied, au milieu de la végétation et des maisons créoles.
Le 15 au soir, le carnaval. À partir de 16 heures, le ton change du tout au tout. Les chars défilent, chacun sur un thème différent illustrant la vie quotidienne diguoise : la pêche, la vanille, le coprah, le travail des femmes. Les stands de nourriture ouvrent, on y mange du cari poisson, du ladob et des grillades, et la musique live prend le relais jusque tard dans la nuit avec le traditionnel Bal Kreol. Notre article sur la musique créole des Seychelles explique d’où viennent ces rythmes, et celui sur la cuisine créole seychelloise ce qu’il faut commander aux stands.
Le vrai sujet : arriver et dormir sur place
C’est là que la plupart des voyageurs se plantent, alors autant le dire franchement. La Digue compte peu d’hébergements, et le 15 août ils affichent complet longtemps à l’avance. Les ferries entre Praslin et La Digue sont pris d’assaut ce week-end-là, et la traversée depuis Mahé se réserve, elle aussi, bien en amont. Nos tarifs et horaires détaillés sont sur la page prix des ferries aux Seychelles.
Deux stratégies fonctionnent. Soit vous réservez votre chambre sur La Digue plusieurs mois à l’avance et vous vivez la fête de bout en bout, nuit comprise, ce qui est de loin la meilleure option. Soit vous logez sur Praslin, à vingt minutes de bateau, et vous faites l’aller-retour dans la journée en acceptant de manquer le bal du soir. Improviser sur place le 14 août n’est pas une stratégie.
Un mot sur la saison, aussi : mi-août, on est en pleine mousson du sud-est, la période la plus ventée de l’année. Il fait bon, la mer est plus agitée sur la côte est et les traversées peuvent secouer. Notre guide quand partir aux Seychelles détaille ce que cela implique concrètement.
Infos pratiques
- Quand : le 15 août, jour férié, avec la procession en mer la veille au soir et des festivités qui se prolongent le week-end.
- Où : La Passe et l’ensemble de l’île de La Digue, entre l’église Sainte-Marie et La Grotte.
- Combien : gratuit, prévoyez simplement de quoi profiter des stands.
- À réserver très en avance : hébergement sur l’île et traversées en ferry.
- Le programme détaillé de chaque édition ne sort généralement que quelques semaines avant, auprès du district de La Digue et de la paroisse.
Pour finir sur notre marotte : c’est à La Digue et sur Praslin que pousse le coco de mer, ce fruit en forme de fessier qui a donné son surnom à l’archipel et son nom à ce site. Le 15 août, pendant que la procession remonte les chemins de l’île, les Lodoicea continuent de faire ce qu’ils font depuis des siècles, c’est-à-dire pousser lentement à l’ombre en se moquant du bruit. Il y a pire compagnie pour une fête.


